In other words

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English version after

Donc, le 18 Février dernier, se posait Perseverance. 9 ans plus tôt, en Août 2012, se posait Curiosity. Qu’est-il advenu de moi depuis ce temps ? Je ne parle pas de ma personne, de mon intimité, je parle de mon travail, de sa reconnaissance. Et de constater que contrairement au rover Curiosity, je n’ai pas vraiment évolué par rapport à mon site d’atterrissage, en 2005, quand Marsrovers Images a commencé.

Je vais donc utiliser comme marqueur, comme révélateur, le réseau social Twitter. J’ai joint ce réseau en Avril 2010, avec l’intention de communiquer sur mon travail, sur les images que je compose avec les données des Mars Exploration Rover. Un outil de communication, supplémentaire au blog. Démarrage du compte un peu confidentiel, mais une évolution plutôt constante. Je vais prendre comme outil de mesure le nombre de gens qui m’y suivent (followers). En 2013, mon prénom change et c’est l’occasion de sortir du placard. Je plafonnais à environ 200 followers. Le « 1K » followers je ne le franchirais que quelque part au début de 2018. Et le « 2K », en 2020.

Maintenant, prenons le compte d’un collègue, qui possède la même démarche que moi, produit à peu près les mêmes choses. Arrivé en 2011 sur Twitter. Actuellement possède 4400 followers.
Un autre, arrivé en 2016. Un an après son arrivée, il possède déjà 2K followers. Actuellement, il est à 23 K.

Je pourrais aussi prendre en exemples les partages, la visibilité numérique, et d’autres indicateurs.

Où est-ce que je veux en venir ? Simple : que ce que je vis c’est le sort réservé à bon nombre de femmes. Une reconnaissance moindre de leur travail par rapport à celui de leurs collègues masculins. Et ceci, je ne le sors pas de mon imagination, je ne l’invente pas. Je vous recommande chaudement la lecture de cet article (en anglais) :

https://www.insidehighered.com/news/2019/10/15/women-have-about-half-followers-men-twitter-and-otherwise-diminished-influence

Cette étude a conclu, globalement, que les femmes sur Twitter comptaient moins de suivis, de partages et de favoris que leurs équivalents masculins. Cette étude d’abord concernait uniquement les femmes travaillant dans le domaine médical académique, mais il se trouve que tous un tas d’autres champs sont touchés. Aussi, il ne me paraît pas invraisemblable que cela puisse aussi toucher le milieu, très restreint, de l’imagerie spatiale « amateur ».

Retour sur ma propre expérience.

Cela fait donc depuis 2005 que je fais ce travail, de longue haleine, sur les images envoyées par des rovers, mais aussi des atterrisseurs et des satellites. Je suis exigeante dans ce travail, je ne publie que ce que j’estime être digne d’être montré. Ce travail est compliqué car, même si l’infographisme est une chose que je sais faire, quand cela implique des images brutes, du traitement en masse (ex : mettre en couleurs des images à matrice de Bayer), je me confronte au problème de devoir écrire des scripts, alors que je suis mauvaise en mathématiques, en code. Je dois aussi faire des concessions par rapport à mon matériel, qui est daté (l’ordinateur que j’utilise date de 2014). Cela rends les choses difficiles quand il s’agit de montrer de grosses productions tels que d’immenses panoramiques couleurs avec ciel de synthèse. Mais j’y parviens. Je fais les choses.
Depuis 2005 donc, ce sont des centaines d’images produites. Un travail considérable. Et le bilan est amer quand je constate que la reconnaissance en retour est faible. Je ne suis pas celle qu’on invite à des conférences sur Mars ou bien Vénus. Je ne suis pas celle non plus à qui on va rendre suite quand, une fois, on lui donne à voir de près le laboratoire français qui travaille en collaboration avec le JPL. Je ne suis pas celle à qui l’on va proposer des solutions pour transformer ce travail en salaire.
Amer est le constat quand, 16 après, j’ai toujours la sensation d’être une débutante, pas vraiment intégrée au sein de cette petite famille qu’est le monde du traitement d’images spatiales.

Oui, cela me met un sérieux coup au moral et à ma motivation pour continuer quand je vois que le travail de mes confrères est plus partagé que le mien alors que j’y met beaucoup de moi-même, et que j’ai un gros niveau d’exigence, et que je sais que mes productions sont meilleures, même si j’ai encore un gros syndrome de l’imposteur (impostrice ?).

Si je me restreint à la France, mon travail n’aura pas vraiment intéressé. Je n’aurais eu qu’une seule interview, et elle date de 2009. Depuis, rien. Le seul évènement public auquel on m’a invitée, c’était à un livestream sur la chaîne d’un planétarium il y a moins d’un mois. Le seul.

Rendez vous compte que j’ai du masquer sur Twitter le seul collègue masculin français qui fait le même travail que moi, parce que j’ai fini par me rendre compte que cela m’empêchait de faire mon propre travail, que cela avait fini par avoir un impact sur ma santé mentale, au point même que j’ai du faire une pause de plus d’un an. Ce même collègue que j’ai aidé à multiples reprises pour qu’il puisse avancer dans ses débuts. Où est passé tout ceci ? Je l’ignore.

En conclusion, depuis des années j’assiste impuissante à tout ça, en silence. Cela ne pouvait plus durer, et en ce jour du 8 Mars, Journée Internationale pour les Droits des Femmes, il fallait que j’extériorise tout ça.

Merci de m’avoir lue.

Damia.

[English version]

So, this last 18th of February landed Perseverance on Mars. 9 years ago, in August 2012, landed Curiosity. What happened to me since then ? I don’t speak about my self, my intimacy, but about my work, about its recognition. And to make the observation that, contrary to Curiosity rover, I didn’t evolved so much regarding my own « landing site », in 2005, when Marsrovers Images began.

I will use as a marker, as an indicative, the social network Twitter. I joined this network in April 2010, with the intent of communicate about my work, the images I make with Mars Exploration Rovers datas. A supplementary communication to my blog. Starting confidentially, but a pretty constant evolution. I will use as scale the number of followers I get. In 2013, my name changed, and I came out of the closet. I was about at 200 followers? The « 1K » followers was in 2018. And the « 2K » in 2020.

Now, lets take the account of a male colleague, which is doing the same thing as me. Came in 2011 on Twitter. He’s having now 4400 followers.
One other, came in 2016. One year after, 2K followers. Now, 23K.

I could also take in examples sharings, visibility and other thing.

Where do that taking us ? Simple : what I’m living is what’s happening to a good number of women. Fewer recognition of their work in regard of their male coworkers. And this, I don’t invent it. I strongly recommand this reading :

https://www.insidehighered.com/news/2019/10/15/women-have-about-half-followers-men-twitter-and-otherwise-diminished-influence

This study concluded that, globally, women on Twitter get less followers, share and likes that their male equivalent. This study was first about women in medical acedemics, but it is found that other fields are concerned. So, it appears that the very closed field of « amateur » space imagery is having this same phenomenon.

Back on my own experience.

It’s been since 2005 I’ve been doing this work, on pictures sent by rovers, but also landers and orbiters. I’m pretty exigent about my work, I only published what I deemed to be published. This is a hard work, because if graphic design is my thing, something I know how to do, when it comes to raw images, mass processing (ex : put in color a batch of bayer pictures), I confront myself in the problem of writing scripts, while I’m not very good with numbers, with coding. I also have to make concessions because of my hardware (the computer I use date from 2014). This gets things complicated when I have to show big color panoramics with a reconstructed sky. But I get there. I do the things.
So, since 2005, it’s hundreds of pictures. A massive work. And the results are bitter when I see that recognition is low. I am not one of these to get invited to events on Mars or Venus. I am not one of these who get follow-up after getting invited in the only place in France which is working with the JPL. I am not one of these we talk about solutions to transform this work into salary.
Bitter is the observation when, 16 years later, I still have this feeling to be a beginner, not really integrated in this little family that is the world of space imagery processing.

Yes, it is affecting my morale and my motivation to continue when I see that my male coworkers job is more shared than mine, while I put so much in this, with a high level of quality, and I know my productions are very good, even if I still have a big impostor syndrome.

If I closed to France, my work didn’t interest that much. I had only one interview, and it’s dating 2009. Since, nothing. The only public event I even made was a livestream by a planetarium, one month ago. The only one.

I even had to mute on Twitter the only person in France doing the same thing as me, because I came to the conclusion that it was affecting my work, it had a impact on my mental health, to the point I had to make a one year break. This same colleague which I helped multiple time to understand how to begin. Where is all of this ? I don’t know.

In conclusion, since many years I witness, powerless, all of this, silently. This couldn’t go further, and in this 8 March, the International Day for Women’s Rights, I had to get all of it out of the box.

Thanks for reading me.

Damia.

2 réponses sur “In other words”

  1. Salut Damia!

    Je prends quelques minutes pour répondre à ton texte très honnête et touchant. Si tu me permets, je vois une autre raison sur le fait que ton professionnalisme ne soit pas reconnu … tu vis en France. Notre pays est un beau pays, mais terriblement décourageant quant l s’agit du travail. Ce n’est pas ici que tu pourras t’épanouir.
    Je connais un endroit ou le professionnalisme est reconnu (et bien payé) et ou il est hors de question d’une quelconque différence entre les gens pour des raisons de sexe, de religion, de couleur de peau, etc. C’est le Québec.
    Tu es jeune, tu parles aussi bien l’Anglais que la Français, tu as énormément à offrir à un société comme celle du Québec. C’est sur qu’en ce moment avec la pandémie tout est au ralenti, mais pourquoi ne fais tu pas les premières démarches pour voir ou cela va t’emmener? Une nouvelle vie, ton travail reconnu, et le respect qui va avec.

    J’ai vécu 7 ans à Montréal et si je suis revenu ce sont pour des raisons familiales mais crois bien que si j’avais ton âge ça serait retour direct!

    Voilà Damia, c’est juste une idée. Mais crois moi, en France, avant que les mentalités ne bougent, les Américains auront le temp de faire amarsir un bon millier de rovers!

    Pour terminer, laisse moi te dire que je suis épaté par ton travail et ton talent! Alors comme ils disent au Québec: « Lâche pas la patate!! »

    A +!!

    T

    1. Bonjour Thierry,

      Merci pour ton commentaire 🙂

      J’ai de multiples raisons de ne pas vouloir émigrer (familiales, politiques…), mais le Québec ne saurait faire partie de mes options, notamment pour des raisons assez évidente (le capitalisme s’y exerce de façon violente, et je ne suis pas que cette région ne connaît ni racisme, ni sexisme, ni homophobie, ni transphobie). Par ailleurs, par le passé je m’interrogeais sur le Québec et les possibilités pour moi de m’y installer, et les témoignages que j’ai reçus, notamment de gens qui connaissent la précarité comme moi, m’ont définitivement refroidie. Entre un système de santé à l’américaine (faut tout payer :)) et un droit du travail bof bof, j’ai pas tellement envie d’aller au Canada, ni aux Etats-Unis par extension. Même si je sais que culturellement ces pays respectent plus le travail des artistes qu’en France.

      Encore merci pour tout !

      Damia

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