Les Marcheurs Morts

Poster un commentaire • Expédié le 31 octobre 2026 à 22:26 dans Capharnaüm • Paysage • Urbanité

 

 

Tant de temps s’est écoulé. Tant de choses se sont passées. Seize années ! Les souvenirs semblent s’effacer, brouillés par d’autres, plus récents et bien plus douloureux.

Je n’étais alors qu’étudiante, aux préoccupations bien différentes de celles d’aujourd’hui. Je me dois de vous confier ce récit.

Nous étions en 2010. Je ne me souviens plus trop du mois et de la semaine exacte, mais c’était vers la fin du mois de Mai. Ou début Juin. Toujours est il que je préparais mon diplôme de 5ème année. Après une belle journée lumineuse à Marseille, comme à mon habitude, repas devant le talk-show d’une chaîne de télévision que je regardais sur mon ordinateur. Ce soir là les actualités avaient pris une allure un peu différente. Un ton un peu différent. On parlait d’émeutes dans plusieurs grandes villes du mondes, surtout en Amérique du Nord. Cela faisait depuis quelques jours que ça durait, mais cette fois-ci, des vidéos étaient parvenues montrant les émeutiers se livrer à d’étranges rituels : ils ne couraient pas, jamais. Ils marchaient. Et se mettaient à vouloir attraper d’autres gens pour les mordre. Blagues sur le plateau mais je sentais que quelque chose n’allait pas. Ce soir là je me couchais avec ces images en tête, ne parvenant à trouver le sommeil que trop tard dans la nuit.

Le lendemain matin, petit déjeuner devant les infos en continu. Le sujet ? Les émeutes. Apparemment dans plusieurs grandes villes du continent américain, un couvre-feu avait été prononcé et l’armée avait été chargée de faire respecter l’ordre. Cette vague d’émeutes commençait aussi à frapper d’autres régions du globe, comme en Chine ou en Russie. Les spécialistes se succédaient sur le plateau sans trouver vraiment d’explications. Aucune revendication n’avait été prononcée. Rien. L’incompréhension était totale. Je me secouais la tête. J’avais une nouvelle journée à attaquer. Traversée du bois de Luminy et direction l’école des Beaux-Arts. Plusieurs heures de travail m’attendaient pour préparer mon diplôme.

Après mon travail à la plonge du restaurant universitaire du campus, cours d’Histoire de l’Art. Le prof semblait remarquer quelques absences, mais cela ne l’a pas empêché de faire son cours. A la sortie du cours, j’ai discuté avec quelques camarades qui s’interrogeaient sur ce qui se était en train de se passer dans le monde. Certains se disaient que cela pouvait être un flash-mob de grande envergure. Peut-être le début d’un soulèvement contre le capitalisme ? Mais ça ne pouvait pas expliquer cette volonté de mordre les gens. «Mais c’est pour de faux voyons !» qu’on me rétorquait.

Nouvelle journée. Ce matin j’avais décidé d’aller voir les images brutes des sondes martiennes que je traitais alors pour en faire des images en couleurs, des panoramas, des « cartes postales ». Et je trouvais étrange de ne plus voir de nouvelles images depuis hier. D’ordinaire il en arrivait quand même. Une visite sur un forum dont j’étais une usagère courante à l’époque, consacré aux missions spatiales non-habitées. Plusieurs membres qui y postaient régulièrement ne se sont pas manifestés depuis des jours. Incompréhension.
Je décidais de prendre mon après-midi pour aller randonner dans le Parc des Calanques de Sugiton. Histoire de me vider la tête. Chemins que je connaissais tellement par cœur. La forêt de pins, qui laisse place à un paysage dégagé. J’ai pris quelques photos avec mon 400D, peut-être pour un article de blog. Je décidais d’aller voir le Belvédère et m’y poser un temps, par cette belle journée de fin de printemps ou début d’été, j’ai du mal à me souvenir. Je me souviens particulièrement bien par contre de ce qui allait suivre. J’observais le large. Puis j’ai vu quelque chose d’inhabituel : un tanker se rapprochait dangereusement du littoral. D’ordinaire ceux-ci croisaient au large, les rendant minuscules. Mais celui-ci avait une course différente. Il semblait qu’il allait percuter la falaise du Cap Morgiou. Les Garde Côtes arrivèrent sur place, pour tenter d’intimer le capitaine du tanker de changer de course. Mais rien n’y fit. Un hélicoptère était dépêché sur place. Il semblait difficile de faire descendre des gens sur le pont du navire, qui allait en pleine vitesse. Il était de toute façon trop tard. Le gros transporteur s’écrasa contre la falaise blanche, dans un fracas de métal et de tonnerre. Je restais là, à observer et à photographier également, me disant à l’époque que cela allait faire un article génial sur mon blog. Que j’étais naïve…
La suite des évènements était étrange. Le tanker ne coulait pas, mais par contre commençait à expurger ses hydrocarbures qui allaient d’ailleurs assombrir le blanc du calcaire du cap. J’ai vu les secouristes des Garde Côte parvenir à monter à bord du navire. Rentrer dans ses entrailles. Pour ne plus jamais en ressortir. Je ne comprenais pas et je ne voulais pas trop en savoir plus. C’était franchement inquiétant.

(suite…)

Orages et Plages en Pays Basque

Poster un commentaire • Expédié le 22 août 2026 à 11:03 dans Météo • Montagne • Orage • Paysage

Entre le 8 et 15 août, je séjournais en Pays Basque français du côté de Dax avec des amies. L’un des objectifs étant de pouvoir se rendre plus facilement en Espagne pour l’éclipse totale de Soleil. L’autre objectif étant : repos. On va chill sur les plages, faire trempette. Et c’est à peu près ce qui s’est passé.

Début de séjour marqué par de l’instabilité, avec des orages qui se manifestent dès notre arrivée. En vérité, j’ai observé les premiers développements cumuliformes sur les Pyrénées dès le milieu de la journée et ceux-ci ont vite envahit le ciel durant l’après-midi, jusqu’au soir. Et cela faisait longtemps que je n’avais plus vu d’aussi belles structures orageuses.

En ultra grand angle, ciel orageux et chaotique de nuages menaçants. L'horizon est sombre et des rideaux de pluie sont visibles, passant devant les Pyrénées, avec les couleurs du couchant au travers

Ambiance sur les Pyrénées.

Zoom sur le rideau de pluie qui masque une partie des Pyrénées dans la lumière presque crépusculaire du soir.

Le lendemain, direction la plage, à Seignosse (plage des Casernes). Je renoue le contact avec l’océan, contact perdu depuis 10 ans désormais.

Bord de mer, avec l'eau qui s'est abattue sur le sable luisant et étincelant, laissant beaucoup d'écume. Le tout sous un Soleil présent mais qui commence à être masqué par l'enclume d'un nuage d'orages qui nait bien plus loin, à gauche au delà de l'horizon

Et comme la veille, les conditions instables sont toujours présentes. L’on voit bien le cumulo-nimbus qui s’est déjà développé et va envahir progressivement le ciel de son enclume.

La même vue mais plus haute dans le ciel qui montre plus du nuage orageux qui recouvre de plus en plus le Soleil. Des rais de lumières bordent l'ombre du nuage qui se projette dans le ciel.

Masquant au passage le Soleil dans cette éclipse somme toute très banale. L’ambiance est toutefois sympathique et inédite pour moi.

Toujours depuis le bord de l'eau sur la plage, le cumulonimbus recouvre le Soleil, assombrissant la scène. Le ciel devient menaçant.

Le soir-même, depuis le gite, l’agitation kéraunique est clairement visible et je peux prendre des photos, au calme, depuis la terrasse. De photos que je n’ai jamais pu réaliser depuis Saint-Astier, du fait de manque de points de vues adéquats et de conditions de visibilité de l’activité orageuse nulles (bien souvent intranuageuse et confinée au rideau de pluie). Ici, la pluie est plus modérée, et surtout, l’activité électrique est bien visible.

Dans un paysage de campagne, au dessus de la forêt plongée dans la nuit, des éclairs zèbrent le ciel et éclairent les nuages

Un nouvel éclair se manifeste et traverse tout le ciel en ondulant légèrement

Eclairs et impact de foudre dans le lointain. Un petit nuage masque en partie l'impact de foudre

Nouvel impact de foudre, plus proche. Quelques nuages déchirées se profilent devant, sous un ciel chaotique révélé par la foudre

Je voudrais photographier plus, mais je dois économiser la batterie de mon 70D. En effet, j’ai oublié le chargeur à la maison et il ne me reste plus que 50% d’autonomie. Mais je découvrirai à la fin du séjour que j’avais encore suffisamment de capacité pour continuer les prises de vues. Mais je ne voulais pas risquer de me retrouver privée d’un boitier pour les photos de l’éclipse du 12 Août.

Soirée au coin de la lampe LED rouge avec les collègues astronomes, voisins du gite, sous la Voie Lactée, au lendemain de l’éclipse.

Scène nocturne façon feu de camps. Des gens sont regroupés autour mais on ne peut définir leur contours, floutés par l'exposition longue de la photo qui doit révéler le ciel étoilé au dessus de la scène ainsi que la Voie Lactée, que l'on parvient à identifier dans cette photo bruitée car ayant été prise avec les paramètres ISO les plus élevés

Dernière journée de plage avant le retour au bercail le lendemain.

Ces ambiances sont douces. L’air n’est plus brûlant, ni même vraiment chaud. C’est doux, l’eau n’est pas froide dans cette atmosphère déjà nostalgique.

Soleil au dessus de l'océan qui reflète sa lumière sur l'eau et le sable lissé, doux, presque comme du velours. Une silhouette de baigneur se profile entre deux vagues sous le Soleil

On écouterait bien des chansons de Laurent Voulzy, lui et son rapport à la plage.

Cliché pris dans la perspective de la plage, offrant une vue sur une vague qui vient de s'abattre tout le long, se changeant en éclats de mousses et d'écumes. Un surfeur essaie de glisser sur la fine pellicule d'eau résiduelle sur le sable lissé en permanence par le resac de l'océan

«Quand vient la fin de l’été.
Sur la plage.
Il faut alors se quitter.
Peut-être pour toujours.
Oublier cette plage.»

Photo prise au raz de l'écume qui finit sa course sur le sable lisse. La plage au dessus s'étire jusqu'à l'horizon sous un ciel typique d'une fin d'après-midi d'été, au couleurs chaudes.

 

Éclipse Totale de Soleil du 12 Août 2026

2 Commentaires • Expédié le 20 août 2026 à 11:39 dans Astronomie • Éclipses • Paysage • Soleil

Badge de mission pour l'éclipse totale de Soleil en Espagne aux couleur du drapeau de ce pays. Contour rouge avec bordure or. Inscrite à l'intérieur suivant la bordure Eclipse Totale Espagne 2026. L'intérieur en bleu royal, avec la péninsule ibérique contourée en blanc, et le trajet de l'ombre lunaire comme une écharpe du nord ouest vers le sud est, colorée en bleu nuit, avec quelques étoiles et le Soleil éclipsé

Remontons le temps

Cet article c’est un peu l’article du « Jamais j’aurais imaginé que ».

Jamais j’aurais imaginé écrire un article sur mon blog à propos de cette éclipse que je prévois d’aller voir depuis longtemps. Vraiment longtemps.

Je n’ai jamais vraiment parlé, ici, de mon rapport aux éclipses de Soleil (même si j’ai pas mal d’articles de photos d’éclipses, qu’elles soient solaires ou lunaires). C’est l’éclipse du 10 Mai 1994 qui se chargera de faire connaître à mes yeux et à mon esprit ces phénomènes. J’avais à peine neuf ans. Je me souviendrais toujours de cette image dans le JT projeté dans l’écran cathodique de mes parents. Celle d’un Soleil à l’état de gros croissant. Un disque mangé par un autre disque, se couchant dans l’Arc de Triomphe parisien. Mais cette image n’était pas que dans le poste de télévision. Elle était là, dehors, là où le Soleil se couche, déjà bien filtré par les couches de l’atmosphère.

Je garderai longtemps en mémoire cet instant magique.

Assez rapidement je prendrais connaissance du magazine Science&Vie Junior. Qui en 1996 annonçât une nouvelle éclipse, prévue pour le 12 Octobre. Visible au beau milieu de l’après-midi. Je l’observerais au travers d’un éclat de verre de soudure (ce qui est une mauvaise chose à faire en fait et j’ai eu de la chance). Presque 50% d’occultation, dans des cieux superbes pour un début Octobre.

Puis, la nouvelle d’une éclipse totale de Soleil visible en France le 11 Août 1999 me parvint. Une carte. La trajectoire de la totalité. Zut ! Elle passe sur le Nord du territoire ! Rien pour nous ici en Dordogne. Et je baisse les bras. Je sais d’avance que mon père refusera un tel voyage pour aller voir un phénomène céleste. Inutile d’essayer de le convaincre. C’est ainsi…

Le jour de l’évènement, un ciel voilé se présentait mais celui-ci devint moins important à mesure que la Lune progressait sur le Soleil. Pourcentage d’occultation pour chez nous : 93%. Et quelque chose auquel je ne m’attendais pas : l’assombrissement du ciel, cette lumière presque électrique qui touche tout, le rafraîchissement, le silence soudain de la Nature. J’étais faite. J’étais devenue accro aux éclipses et à ce qu’elles provoquent comme sensations.

Je parviens à me faire offrir une encyclopédie sur les éclipses intitulée Éclipses, Les Rendez-Vous Célestes (Serge Brunier, Jean-Pierre Luminet), qui raconte les infinis aspects des éclipses. Les solaires, les lunaires (dont j’ignorais l’existence !), les occultations d’étoiles, de planètes. Leurs impacts sur l’Histoire. Les drames qui ont accompagné la vie de ceux qui sont allés à l’autre bout du monde pour des mois, des années, pour tenter d’observer 2, 3 voire 6 minutes de nuit en plein jour. Et à la fin, à la toute fin, des cartes. Les prochaines éclipses, jusqu’en 2060 (si mes souvenirs sont bons). Et parmi tout un tas d’éclipses qui jamais ne toucheraient l’Europe, on avait une exception, celle de 2026, pile au Nord de l’Espagne. C’était déjà décidé dans ma tête : cette éclipse, j’irais la voir.

Pendant ce temps, des partielles, je continuerai d’en observer :

3 Octobre 2005, annulaire en Espagne, vue depuis Marseille, quelques photos argentiques ici.

29 Mars 2006, totale sur une partie de l’Afrique centrale et septentrionale, puis en Asie, observée également depuis Marseille.

4 Janvier 2011, depuis Marseille. Partielle sur le globe. Ciel bouché.

20 Mars 2015, observée depuis Dijon et documentée ici.

21 Août 2017, observée et photographiée in extremis au moment du coucher du Soleil. Note : cette éclipse appartient au Saros qui a provoqué celle du 11 Août 1999.

10 Juin 2021, partielle observée et photographiée pour la première fois au foyer de mon 200/1000, article ici.

Et enfin, l’éclipse partielle du 29 Mars 2025, qui m’aura servie de répétition pour l’éclipse dont cet article va pouvoir parler.

Attente et préparatifs

Quelques mois avant l’évènement, les choses étaient pourtant incertaines quant à ma capacité à pouvoir me rendre sur place. Depuis Saint-Astier, cela ferait beaucoup de route pour aller en Espagne. Et je ne savais pas m’y prendre pour réserver un hôtel à l’avance. Sans parler des tarifs pratiqués. Finalement, une amie se proposa de m’héberger dans un gite de vacances en pays basque, non loin de Dax. Cela divisera par deux le trajet. Les choses s’accélèrent et pour la première fois dans ma vie, je peux enfin avoir les moyens de concrétiser ce rêve : voir une éclipse totale de Soleil.

Je veux en profiter mais aussi, je veux pouvoir faire des photos de l’évènement. Je met en place mon protocole qui se finalise quelques semaines avant le Jour J :

Plan assez ambitieux quand on sait que la totalité va durer 1 minute et 45 secondes, au site choisi depuis plus d’un an désormais, et qui est celui de Villahoz, à l’Ermita de la Virgen de Madrigal. Un site magnifique avec une large colline qui domine le plateau semi-aride et permet d’avoir une vue dégagée tout azimuts. Le village est tout petit, ce site touristique n’a pas l’air d’être très fréquenté. Je me dis avoir trouvé un bel endroit où il n’y aura sans doute pas beaucoup de monde (foreshadowing).

Pendant ce temps j’essaie de répéter la procédure, en imaginant le phénomène céleste se produire, à l’aide d’un chronomètre pour évaluer les durées. Difficile, mais pas infaisable.

Je partirai le Samedi 8 pour le gite et reviendrai le Samedi suivant, le 15. Et au milieu, se trouvera le trajet aller/retour dans la journée pour le site d’observation de l’éclipse. Dans le coffre de ma voiture, l’équipement est fin prêt. Jamais j’aurais imaginé que j’allais vivre cette éclipse.

Pour terminer, la veille du départ, je fais la connaissance de nos voisins de gite qui eux aussi vont partir en Espagne pour l’éclipse. Ils ont du matériel sérieux avec une lunette de 120 mm et un dobson de 400mm. Je leur parle de mon futur site d’observation et leur propose d’y venir en plan B si jamais leur plan A échouait (foreshadowing).

Le Jour J

Et nous y sommes. Le 12 Août 2026. L’un des jours les plus attendus de ma vie.

La route est quand même assez longue. 4h depuis le gite. Je suis agréablement surprise de voir que l’on va faire une très bonne partie de cette route via l’autoroute en Espagne, sans le moindre péage. Il fera chaud tout au long de la route. A Burgos, ville que l’on contourne avant de quitter « l’autovia » pour rejoindre de la nationale (ou départementale) la température s’élève alors, à 14h, à 35°C.

Finalement, l’Ermitage est en vue, il est 14h. Sauf que. J’aperçois des reflets alignés le long de la crête. Je ne tarde pas à comprendre qu’il s’agit d’autant de pare-brise de véhicules. En effet, arrivées sur place, nous constatons que l’endroit est très animé, avec pas mal de gens autour de l’Ermitage, et sur la colline attenante. Je décide de chercher une place. J’en trouve une finalement, entre deux camping-car installés là sans doute depuis plusieurs jours. Les amies qui m’accompagnent décident d’aller à l’ombre et au « frais » pour manger. Je les rejoindrais après.

Une fois le repas (très rapidement) englouti, je reviens près de ma voiture pour commencer à trouver un endroit où installer mon dispositif. Je comprends que toute une zone à gauche est réservée par des astronomes venus de Lyon, l’un d’entre eux m’explique où je peux me poser. Je fais un peu la moue en constatant que je vais devoir négocier avec un terrain pas très plat et en herbes sèches. Malgré tout je parviens à trouver un endroit où planter mon trépied.

Photo de mon futur poste de travail pour l'éclipse. Mon trépied astro et mon trépied photo sont posés côte-à-côte, et la vue se déploie sur le plateau semi-aride espagnol, sous un Soleil de plomb. A droite, un tout petit pin et un instrument placé sous une bâche de protection

Et la vue que j’aurais sur l’éclipse. C’est là, quelques part au milieu de la photo, que se présentera le Soleil Noir. La vue est parfaite. Pas un seul nuage. J’ai du mal à réaliser. J’aurais jamais imaginé que.

Le paysage du plateau espagnol. Devant, un grand champs de blé doré voir grillé au Soleil. Plus loin, les collines s'étirent, vallonnant entre de petits bocages. L'horizon semble vraiment loin, et le ciel est bleu.

Ici les trépieds poussent comme des champignons. C’est une vraie Star Party qui se profile.

Dans un paysage d'herbes grillées par le Soleil, avec une vue sur la plaine, de nombreux trépieds sont disposés, comme autant de petits arbres, certains coiffés de tissus et autres bâches de protection contre le Soleil.

Un petit échantillon de ce petit village improvisé. Et nous ne sommes qu’au début de l’après-midi. Des heures durant, d’autres véhicules arriveront. D’autres personnes viendront gonfler la population de Villahoz, la multipliant par deux voire par trois (estimation à vue de nez).

Une petite partie de ce village astronomique impromptu, écrasé de Soleil. Voitures, camping-car et autre forment des rues et des places, sur une herbe rase presque poussiéreuse.

Ainsi, commence une longue attente. Dans la chaleur. Sous un Soleil écrasant. J’entends que des voix s’élèvent depuis les abords du camping-car des lyonnais. Je reconnais ces gens, ce sont les voisins de gite. Ceux avec qui j’avais discuté deux jours plus tôt. Ils sont finalement venus ici. La raison de la querelle ? Trouver un endroit où poser le matériel. Seulement les camping-caristes étaient là depuis 3 jours (oui vous avez bien lu), et avaient déjà « réservé » depuis longtemps l’emplacement. Mais aussi et surtout, les montures sont parfaitement en station car alignées sur l’étoile polaire visible la nuit. Je décide d’intervenir et propose aux voisins de s’installer avec moi près de mon matériel. La tension finit par redescendre. Et je suis vraiment contente d’avoir des collègues astronomes avec qui partager les émotions à venir. On a encore plusieurs heures d’attente.

(suite…)

Dystopia

Un commentaire • Expédié le 25 juillet 2026 à 16:20 dans Capharnaüm • Météo

Image satellite d'un grand quart Sud-Ouest de la France hexagonale, avec un panache de fumée clairement visible, émanant juste au Nord du bassin d'Arcachon. Ces fumées se dispersent vers l'Atlantique, s'enroulent, reviennent vers les terres et survolent le Tarn, la Haute-Garonne, etc.

Cette année 2026 a un goût spécial.

Même quart Sud-Ouest, 24h plus tard. Les feux de forêts ont pris de l'ampleur, le panache de fumées associé à un pyrocumulus pointe vers le Nord-Est. On voit juste à droite du panache, comme en basse couche, d'autres fumées qui prennent plein Est. De nombreux développements orageux prennent placent en même temps sur les Pyrénées, ainsi qu'au large vers l'Ouest

Amer.

Le lendemain, même zone capturée par le satellite, des nombreux nuages recouvrent le Sud-Ouest, mélangés aux fumées des incendies qui se sont diluées dans l'atmosphère.

Acre.

Le réchauffement climatique atteint des niveaux jamais imaginés il y a 10 ans.

Les 40°C dépassés plusieurs fois. Ici chez moi. Ailleurs en France.

Le bâtiment de la Fabrique à Saint-Astier, aux formes très évocatrices d'une ancienne manufacture, toiture imposante et triangulaire vue de face, larges fenêtres, notamment au rez-de-chaussée, avec les inscriptions Espace Culture, Cinéma, La Fabrique. Tout ceci sous un ciel nuageux jaunâtre très inhabituel

J’observe tout ces changements qui s’opèrent. Ici chez moi, avec la nature meurtrie qui porte les stigmates du manque d’eau. Et ce matin avec ce ciel chargé, mélange de nuages bas et de cendres d’arbres brûlés hier en Gironde.

Rue en contrebas de l'imposante église de Saint-Astier, sorte de gros bâtiment en pierre d'allure médiévale avec quelques mises à jour plus modernes de l'époque gothique. La rue à gauche monte devant des façades anciennes. Le tout sous un ciel chargé de fumées de feux forestiers

Sentiments d’impuissance. Je photographie, pour garder en mémoire ce ciel étrange, qui deviendra familier.

Vue sur la rivière de l'Isle, dont le niveau très bas est trahit par les rives à sec. Le ciel est chargé et jaunâtre

Différents visages d’une époque marquée par le changement climatique.

Trop chaud. Trop sec. Trop de fumée.

Vue presque identique, mais plus centrée sur la rive droite, avec des pelouses rases et quelques voitures garées devant des portails d'habitations.

Trop d’eau. Trop d’humidité. Pas assez de modération.

Vue légèrement décalée, plus vers la droite, montrant mieux les jardins dans l'eau, ainsi qu'un lampadaire à moitié immergé

Catastrophes.

Pendant ce temps.

Autre vue sur l'Isle, au niveau très bas donc. Un barrage est surmonté d'une fine pellicule d'eau qui indique bien un faible débit des eaux. Beaucoup d'arbres à gauche et une forêt au fond au milieu perdue dans les brumes de pollution.

Pendant ce temps l’on interroge les astres.

Pendant ce temps ça demande à ChatGPT ou à Gémini en espérant une salvation de ces hypothétiques intelligences, hérauts d’un futur peu réjouissant, où l’on oublie les objectifs à atteindre pour « plus jamais ça ».

Dans un cadre très végétal et humide, au dessus d'un des bras de l'Isle, le pont de la ville qui enjamble la rivière. Le ciel reste identique.

Quels espoirs ? Je l’ignore.

Je sais une chose.

Je veux changer de timeline. Je veux pouvoir sauter dans une autre branche de cette réalité nauséabonde gangrénée par le capitalisme et son projet mortifère, eugéniste, écocide, implacable.